C'est la fin d'une ère dans le monde informatique. Les créateurs du noyau Linux ont décidé de supprimer la prise en charge de l'un des processeurs les plus emblématiques de l'histoire d'AMD : la famille AMD K5, une puce qui, au milieu des années 1990, était censée ouvrir un nouveau chapitre dans la lutte contre Intel et devenir le fondement de l'indépendance technologique de l'entreprise. Après près de trois décennies, la prise en charge de ce processeur disparaîtra de Linux avec la sortie du noyau 7.2. La raison est étonnamment simple : le K5 ne prend pas en charge le compteur d’horodatage TSC, et maintenir la compatibilité avec une solution aussi ancienne est devenu de plus en plus compliqué pour le développement de code système moderne. Pour de nombreux passionnés d'informatique, il s'agissait toutefois de bien plus qu'une simple mise à jour technique. L'AMD K5 était un processeur unique. Il visait à prouver qu'AMD était capable de créer sa propre puce x86 sans copier la concurrence. Le lancement du processeur AMD K5 en 1996 a marqué un tournant dans l'histoire de l'entreprise. Les processeurs AMD précédents étaient principalement basés sur des architectures compatibles Intel. Le K5 fut le premier processeur x86 entièrement conçu et développé de A à Z par AMD. Cette puce présentait une conception exceptionnellement ambitieuse. Son architecture interne s'inspirait des processeurs RISC : les instructions x86 étaient traduites en micro-opérations avant leur exécution. Aujourd'hui, cette approche est devenue la norme pour les processeurs modernes, mais au milieu des années 1990, elle constituait une véritable prouesse technologique.Le problème, c'est qu'AMD a tardé à lancer son processeur. Intel avait déjà considérablement accéléré le développement de sa gamme Pentium, et le K5 a été commercialisé avec des fréquences allant de 75 à 133 MHz. L'entreprise a tenté de rattraper le coup avec des appellations marketing, suggérant des performances comparables à celles des Pentium plus rapides. Le processeur cadencé à 116 MHz a notamment été vendu sous l'appellation K5 PR166. Pour de nombreux utilisateurs, ce fut le début d'une guerre marketing autour de la « performance réelle » qui se poursuivit tout au long des années suivantes sur le marché des PC. Les développeurs du noyau Linux restreignent de plus en plus la prise en charge du matériel des années 1980 et 1990. La raison est simple : maintenir la compatibilité avec des processeurs très anciens complique le développement des fonctionnalités modernes du système. Dans le cas du processeur AMD K5, le problème s'est avéré être l'absence de prise en charge du compteur d'horodatage (TSC). Ce compteur est utilisé par le système d'exploitation pour une gestion très précise du temps et la synchronisation des processus. Les noyaux Linux actuels sont conçus en tenant compte de cette fonctionnalité. La gestion des exceptions pour les processeurs sans TSC a été jugée comme une charge inutile pour le code. Par conséquent, les responsables du projet ont décidé de supprimer la prise en charge non seulement du K5, mais aussi d'autres puces plus anciennes.
L'AMD K5 n'est pas le seul processeur à être mis au rebut. Linux fait également ses adieux à d'autres conceptions datant des débuts de l'informatique personnelle moderne. Ces dernières semaines, la prise en charge du processeur Intel i486, vieux de 37 ans, a commencé à être progressivement abandonnée. Les processeurs AMD Elan et les puces AMD Geode, utilisés dans les systèmes embarqués et les anciens appareils industriels, sont également retirés du noyau. Pour certains utilisateurs, c'est un moment triste. Pendant des années, Linux a symbolisé un système capable de fonctionner sur presque n'importe quelle machine, des serveurs modernes aux ordinateurs datant des débuts d'Internet. Malgré la décision des développeurs Linux, les anciens processeurs ne cesseront pas de fonctionner du jour au lendemain. De nombreux appareils pourront toujours exécuter d'anciennes versions du système ou des distributions spécialisées assurant la compatibilité avec le matériel ancien. Les passionnés de rétro-informatique soulignent déjà que l'AMD K5 demeure un élément important de l'histoire de l'informatique personnelle. Pour les collectionneurs et les amateurs de PC classiques, c'est l'un de ces processeurs qui symbolise le moment où AMD a véritablement commencé à concurrencer Intel.
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