Le département américain de la Sécurité intérieure est en pourparlers avec l'Union européenne concernant l'accès direct aux bases de données biométriques européennes. Une proposition inédite dans les relations transatlantiques est sur la table. Ce projet prévoit la possibilité de comparer directement les empreintes digitales des personnes entrant aux frontières américaines avec les bases de données européennes. Toute correspondance déclencherait le transfert des informations d'identification vers les États-Unis. En l'absence de correspondance, le système resterait inactif. Ce mécanisme s'inscrit dans le cadre du programme de partenariat pour le renforcement de la sécurité des frontières, mis en place par le département américain de la Sécurité intérieure. Pour les pays participant au programme d'exemption de visa, cela signifie une chose : coopérer ou risquer de perdre l'exemption de visa. Washington devrait avoir jusqu'à fin 2026 pour évaluer l'état de préparation des partenaires. Une éventuelle exclusion du programme entraînerait le retour des visas pour des millions d'Européens. Les documents négociés définissent un champ d'application bien plus large que la simple identification biométrique. Ils incluent également des données sensibles, telles que les opinions politiques, l'appartenance à une organisation et les informations personnelles. Le transfert de ces informations serait autorisé dans des situations spécifiques, selon l'interprétation américaine. Ce projet représente un point de tension majeur pour les autorités de régulation européennes. Le Contrôleur européen de la protection des données l'a déjà qualifié de premier cas de partage aussi massif de données personnelles avec un pays tiers.Des demandes spécifiques émergent du côté européen. Les négociateurs souhaitent limiter la portée de la collecte de données, instaurer un contrôle humain sur les décisions algorithmiques et établir des règles claires pour le stockage et le transfert ultérieur des informations. Un élément clé des négociations concerne la réciprocité. L'Union européenne attend un accès aux bases américaines à des conditions similaires. Le projet actuel prévoit une asymétrie, les données circulant principalement dans un seul sens. Ce point pourrait être déterminant pour l'avenir de l'accord. Des questions se posent quant à la durée de conservation des données et à la responsabilité en cas d'erreur. Si ces informations sont utilisées à mauvais escient, un citoyen européen devrait faire valoir ses droits devant les tribunaux américains. Cela implique un système de protection des données totalement différent de celui en vigueur en Europe. Des incertitudes subsistent également quant à la portée de l'utilisation des données. Celle-ci va d'un contrôle sélectif aux frontières à des opérations analytiques beaucoup plus vastes. Les discussions avec l'Europe coïncident avec le développement rapide des systèmes biométriques aux États-Unis. Le service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP) développe des technologies de reconnaissance faciale, en s'appuyant notamment sur Clearview AI et de vastes bases de données d'images en ligne. D'autres initiatives sont prévues, comme l'exigence de fournir des échantillons d'ADN, l'historique de leurs activités sur les réseaux sociaux et leurs coordonnées archivées pour les voyageurs exemptés de visa.
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