Après des années de silence, la question du blocage des contenus piratés revient sur le devant de la scène en matière de politique technologique américaine. Le Congrès travaille actuellement sur un projet de loi qui autoriserait les tribunaux à ordonner le blocage des sites web étrangers portant atteinte aux droits d'auteur. Cette fois-ci, la mesure s'appliquerait non seulement aux fournisseurs d'accès à Internet, mais aussi aux entreprises chargées de la résolution des noms de domaine, à l'instar de ce qui se fait déjà en France . Cette nouvelle proposition ravive des souvenirs d'il y a plus de dix ans, lorsque la loi visant à lutter contre le piratage en ligne (Stop Online Piracy Act) était débattue aux États-Unis. Cette initiative avait suscité des manifestations massives et avait finalement été rejetée. Des personnalités politiques de tous bords, dont Thom Tillis et Zoe Lofgren, soutiennent cette initiative. Leur projet de loi commun devrait être finalisé d'ici la fin de 2026. Cette fois-ci, les législateurs tentent une approche différente. Au lieu de blocages généralisés, ils privilégient des mesures plus ciblées, fondées sur la jurisprudence. La nouvelle réglementation visera exclusivement les services étrangers qui enfreignent les lois sur le droit d'auteur. Curieusement, Zoe Lofgren était l'une des plus ferventes opposantes à SOPA. Aujourd'hui, elle se range du côté opposé, arguant que la nouvelle solution sera plus sûre pour les internautes.Le changement le plus important concerne la réglementation des fournisseurs de services DNS. Ces entreprises traduisent les adresses web en serveurs spécifiques, garantissant ainsi aux utilisateurs d'accéder à la bonne adresse. De nouvelles réglementations pourraient contraindre des géants de la tech comme Google, Cisco et Cloudflare à bloquer l'accès à certains domaines sur décision de justice. Cela marque un tournant dans l'application du droit d'Internet, car le blocage concernera non seulement les opérateurs de réseau, mais aussi l'infrastructure sous-jacente. Cette approche a déjà vu le jour en Europe. Dans certains pays, des fournisseurs de DNS ont commencé à bloquer l'accès à certains services, prouvant ainsi la faisabilité du modèle. Jusqu'à présent, deux initiatives distinctes étaient en cours au Congrès : la loi étrangère contre le piratage numérique et la loi visant à bloquer le BEARD. Leurs travaux se sont déroulés indépendamment, sans orientation commune. Les législateurs ont décidé de fusionner les deux projets de loi en un seul document cohérent. Cette mesure vise à accélérer le processus législatif et à accroître les chances d'adoption du projet de loi. Un autre projet parallèle, l'American Copyright Protection Act, développe des principes similaires, tout en proposant des procédures légèrement différentes. Tout porte à croire que la version finale de la réglementation s'appuiera sur plusieurs concepts.
Les organisations représentant les industries du cinéma et de la musique réclament depuis longtemps des outils plus efficaces pour lutter contre le piratage. Pour elles, bloquer l'accès aux services étrangers est une mesure naturelle pour protéger les droits d'auteur. Parallèlement, des voix critiques se font entendre. Des militants soulignent les risques d'abus et de restriction de l'accès à l'information. Des inquiétudes subsistent également quant aux erreurs possibles qui pourraient entraîner le blocage de contenus légaux. La nouvelle réglementation vise à intégrer des mécanismes de protection, mais leur efficacité ne pourra être évaluée qu'après son entrée en vigueur.
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