Syberia : The World Before
Publié le 02/12/2022 Dans PlayStation 5
Syberia : le monde d'avant.

C'est en 2002 que nous avons assisté aux débuts de la saga Syberia, dont ce The World Before est la dernière incarnation, et pas seulement en termes chronologiques. Créée par le génie créatif de Benoit Sokal, un auteur affable, gentil et toujours serviable, récemment décédé, Syberia nous met dans la peau de Kate Walker, une jeune avocate qui va se retrouver embarquée, malgré elle, dans une affaire héréditaire bien plus grande qu'elle qui, vingt ans après le premier épisode, continue d'avoir des répercussions sur sa vie. Et c'est exactement ici que les événements de Syberia : The World Before commencent, et pour la première fois dans la série, nous nous éloignerons de l'incarnation exclusive de Kate Walker. Nous sommes en effet en 1937, en pleine période d'avant-guerre, un moment de calme avant que l'univers steampunk vaguemestre ne soit secoué par la folie populiste du Mouvement de l'Ombre Brune, une milice néo-fasciste d'inspiration clairement national-socialiste, dans la peau de Dana Roze, une toute jeune (et très talentueuse) pianiste, prête à prendre son envol artistique, ignorant la laideur qui, un peu plus tard, aurait révolutionné sa vie. Nous revenons maintenant au "présent" (les événements des trois précédents jeux Syberia nous ont conduits de 2002 à 2005), un moment historique où nous retrouvons Kate Walker emprisonnée dans une mine de sel avec son compagnon : Ayant appris la mort de sa mère, Kate parvient à s'échapper des fouilles souterraines, non sans avoir récupéré, dans une locomotive enfouie sous le sol, un tableau de la jeune Dana en 1937, reconnaissant une énorme ressemblance entre l'image dépeinte dans le tableau et elle-même. D'ici ils vont commencer une série de mouvements, que je vous évite pour ne pas trop spoiler la narration, véritable fleuron de ce Syberia : The World Before, qui va amener notre Kate à la recherche du lien qui l'unit à Dana, à la découverte d'une histoire endormie dans le temps, à la base de tout le Lore de l'univers steampunk de Syberia lui-même. Dans la plus pure tradition de Syberia, le jeu nous mènera par la main à une découverte progressive des événements, ne lésinant pas sur les rebondissements mais construisant, pas à pas, une base narrative forte, solide et intrigante, qui mènera au climax final, arrachant plus que quelques larmes, le dernier héritage de feu Sokal.

Le cœur du jeu, comme de toute aventure graphique qui se respecte, est l'exploration de l'environnement et la résolution contextuelle des énigmes découvertes grâce à celle-ci. Comme prévu, les énigmes ne seront jamais trop difficiles, mais elles ne seront pas non plus trop simples, configurant ainsi une image globale attrayante et jamais frustrante, également faite pour permettre l'approche des franges moins expérimentées de joueurs qui, autrement, se seraient tenues à l'écart de ce genre. Pour ce faire, un cadre de type "Life is Strange" a été choisi, avec une narration qui sert de ciment et d'accompagnement entre une découverte et une autre, dénouant délicatement intrigues, sous-intrigues et événements secondaires, non nécessaires à la résolution du jeu mais capables de donner une plus grande profondeur narrative aux événements de Syberia : the World Before. Ce changement était nécessaire pour ramener cet épisode après le gâchis fait avec la troisième itération de la franchise qui, en dehors d'une bonne narration, présentait plusieurs problèmes d'interaction, résolus seulement après un an et plus avec la réécriture complète de l'interface utilisateur, trop tard pour remédier aux dommages d'image faits avec une sortie précipitée et bâclée.

La digne conclusion d'une franchise réussie.
Avec Syberia : The World Before, nous assistons à l'allègement de l'interface utilisateur, grâce à laquelle il sera possible d'interagir avec les objets disséminés dans l'univers du jeu en appuyant sur une seule touche et de faire, lorsque cela est possible, des choix multiples en appuyant sur deux autres touches, que l'on joue avec un clavier ou un pad (la manette rend le jeu très agréable, révélant ainsi la conception multiplateforme de cet épisode). L'exploration de l'environnement, également grâce à l'utilisation judicieuse d'une caméra mobile à la troisième personne, rend l'interaction facile dans un environnement où chaque objet "utile" sera mis en évidence de manière facilement intelligible, remédiant enfin aux mauvaises choses faites avec l'épisode précédent de la série. Par rapport au troisième chapitre a été fortement révisé même le moteur graphique, exploité correctement et, grâce à laquelle, nous pouvons avoir un monde plein de détails et dont il sera impossible de ne pas tomber en amour : la fascination de l'esthétique steampunk, à la fois si inséré dans le monde de 1937 comme dans le présent, est indéniable et représente le véritable trait distinctif de ce quatrième épisode, dont les environnements sont finement ciselés, vivant de la vie et l'attractivité de sa propre. Une discussion distincte devrait être faite pour les modèles polygonaux des personnages qui, dans le style parfait de Syberia, n'ont jamais essayé d'être hyper-réaliste, en essayant de maintenir cette suspension de l'incrédulité, ce qui rend tout semble tiré d'un rêve et rêveur, mais encore donner un regard de l'ensemble apprécié, net d'une imperfection indéniable de la même, cependant, ne va pas affecter le plaisir du titre représentant, à mon avis, un autre point d'attraction.

Il est clair que l'atterrissage sur console de Syberia : The World Before n'a pas été fait de manière bâclée et, malgré quelques défauts déjà présents dans la version PC, la qualité graphique du jeu ne s'écarte pas beaucoup du titre original. Les mouvements sont un peu rigides par moments, surtout lorsqu'il faut faire tourner Kate (ou Dana) à gauche ou à droite. Cet inconvénient mineur pourrait rendre la façon de marcher des personnages un peu artificielle et irréaliste, mais rien qui puisse créer des obstacles ou des désagréments majeurs. Les textures sont légèrement plus détaillées sur les consoles, notamment les traits et les vêtements des personnages. Les expressions faciales sont plutôt statiques et changent juste assez pour nous donner une idée approximative de ce que ressentent les personnages. La bande-son, elle, brille à tous égards : confiée à l'habituel Inon Zur, déjà responsable (entre autres) de la musique de Fallout 4, elle accompagne parfaitement, et de façon si évocatrice, chaque moment du récit, donnant encore plus de profondeur à un secteur déjà à la pointe de la technologie. Et bien sur, nous profitons comme toujours d'une excellente localisation française (voix et textes), avec une majorité d'acteurs connus à ce poste : Françoise Cadol en tête reprend son rôle de Kate Walker (c'est aussi la voix française de Lara Croft, Sandra Bullock et Angelia Jolie) tandis que Dana Roze est campée par Emilie Rault (Jena Malone). Malgré quelques défauts techniques, Syberia : The World Before est un bon titre et un bel hommage aux fans de la saga et du regretté Sokal. Le scénario est suffisamment complexe pour plaire même à ceux qui ne connaissent pas cette série de jeux et les énigmes sont compliquées mais pas trop. Certains pourraient regretter les casse-tête impossibles des chapitres précédents, mais pour d'autres, il s'agit d'une heureuse nouvelle.

VERDICT

Syberia : The World Before est la digne conclusion d'une franchise à succès. La dernière œuvre du regretté Benoit Sokal nous remet une dernière fois dans la peau de Kate Walker, découvrant un passé qui n'a jamais été trop profondément enfoui et qui va contribuer à changer tout ce que nous savons du monde de Syberia. Une aventure graphique old-school à la pointe de l'art, réalisée en mélangeant judicieusement la modernité et un steampunk qui sent bon le rétro-futur, avec un système de contrôle enfin convivial et adapté aussi bien aux joueurs expérimentés qu'aux néophytes à la recherche d'une distraction intéressante. Syberia : The World Before est l'épitaphe de Sokal, son legs aux nouvelles et anciennes générations, un jeu qui, avec singularité et discrétion, s'insinue, avec la même manière et la même gentillesse que son créateur, dans notre mémoire.

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